Archive for the ‘Citation’ Category

Bonne Nuit, et Bonne chance

janvier 26, 2010

Je devrais écrire ou aller dormir. Je me délie un peu les doigts, j’ajoute quelques lignes et reformulent quelques idées et je vais rejoindre Morphée. En attendant, je laisse un mot sur un discours célèbre que j’aime particulièrement. C’est le grand journaliste Edward R. Myrrow qui, un 9 mars 1954 sur les ondes de CBS TV, a lancer ces si belles paroles sur la liberté d’expression (ici, dans un contexte de guerre froide).

« We must not confuse dissent with disloyalty. We must remember always that accusation is not proof and that conviction depends upon evidence and due process of law. We will not walk in fear, one of another. We will not be driven by fear into an age of unreason, if we dig deep in our history and our doctrine, and remember that we are not descended from fearful men — not from men who feared to write, to speak, to associate and to defend causes that were, for the moment, unpopular.
This is no time for men who oppose Senator McCarthy’s methods to keep silent, or for those who approve. We can deny our heritage and our history, but we cannot escape responsibility for the result. There is no way for a citizen of a republic to abdicate his responsibilities. As a nation we have come into our full inheritance at a tender age. We proclaim ourselves, as indeed we are, the defenders of freedom, wherever it continues to exist in the world, but we cannot defend freedom abroad by deserting it at home.
The actions of the junior Senator from Wisconsin have caused alarm and dismay amongst our allies abroad, and given considerable comfort to our enemies. And whose fault is that? Not really his. He didn’t create this situation of fear; he merely exploited it — and rather successfully. Cassius was right. « The fault, dear Brutus, is not in our stars, but in ourselves. »
Good night, and good luck. »

J’aime beaucoup les derniers mots et j’espère un jour aussi en faire une sorte de devise que je répéterai à mes enfants avant d’aller dormir. En tout cas, j’aime me souhaiter « Bonne nuit, et Bonne chance » avant d’aller dormir.

« Good Night, and Good Luck » – Edward R. Murrow

Quelques citations

janvier 17, 2010

Je devrais écrire un mot pour présenter quelques citations que j’aime particulièrement. Elles parlaient un peu de moi et je les utilisais généralement pour parler de moi dans mes divers profils internet. Les voilà!

« Un ami vaut mieux que cent prêtres. »
- Voltaire, Zadig

« Quand on est aimé d’une belle femme, dit le grand Zoroastre, on se tire toujours d’affaire dans ce monde. »
- Voltaire, Zadig

« Nous devons nous y habituer: aux plus importantes croissées des chemins de notre vie, il n’y a pas de signalisation. »
- Ernest Hemingway

« Not to be absolutely certain is, I think, one of the essential things in rationality. »
- Bertrand Russell

« What can be asserted without proof can be dismissed without proof. »
- Christopher Hitchens

« We make our world significant by the courage of our questions and by the depth of our answers. »
- Carl Sagan

« If you wish to make an apple pie from scratch, you must first invent the universe. »
- Car Sagan

« Une lettre est le portrait de l’âme. »
- Choderlos de Laclos

« Tous les enfants savent que le Père Noêl n’existe pas, il serait temps d’expliquer aux parents qu’il en est de même pour Dieu. »
- Jules-Edouard Moustic

« La solitude est l’aphrodisiaque de l’esprit, comme la conversation celui de l’intelligence. »
- Émil Michel Cioran

« Si tu ne m’aimes pas, je t’aime, \ Et si je t’aime prends garde à toi. »
- Carmen, Acte I

« Dance first. Think later. It’s the natural order. »
- Samuel Beckett

« Ginger Rogers did everything Fred Astaire did, and she did it backwards and in high heels. »
- Faith Whittlesey

« J’exècre cette vie que j’idôlatre. »
- Emile Michel Cioran

« I would believe only in a God that knows how to dance. »
- Friedrich Nietzsche

« Dancing is like dreaming with your feet! »
- Constanze

« There are short-cuts to happiness, and dancing is one of them. »
- Vicki Baum

« Si tu plonges longtemps ton regard dans l’abîme, l’abîme te regarde aussi. »
- Friedrich Nietzsche

« A real friend is one who walks in when the rest of the world walks out. »
- Walter Winchell

« So you can’t dance? Not at all? Not even one step? . . . How can you say that you’ve taken any trouble to live when you won’t even dance? »
- Hermann Hesse

« We should consider every day lost on which we have not danced at least once. »
- Friedrich Nietzsche

« Le fait que la vie n’ait aucun sens est une raison de vivre, la seule du reste. » – E. M. Cioran

« Intoxiqué d’avenir par abus d’espoir. »
- E. M. Cioran

« Dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter. »
- E. M. Cioran

« I can’t listen to that much Wagner. I start getting the urge to conquer Poland. » – Woody Allen

« Eternal nothingness is O.K. if you’re dressed for it. »
- Woody Allen

« Not only is there no God, but try getting a plumber on weekends. »
- Woody Allen

« Eighty percent of success is showing up. »
- Woody Allen

« The only thing standing between me and greatness is me. »
- Woody Allen

« May you live in interesting times. »
- Chinese Curse

« Il y a aussi un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour se lamenter et un temps pour danser… »
- L’Ecclesiaste 3:4

« I have nothing to offer but blood, toil, tears, and sweat. »
- Winston Churchill

Féminisme

décembre 17, 2009

Je devrais écrire que je suis féministe, parce que ce ne serais pas très loin de la vérité. Je devrais écrire un petit billet de blogue à ce sujet, mais sans cesse je rature et je changer une ligne ou un paragraphe. Le féminisme est un sujet glissant, un sujet risqué. Comme je le remarque souvent (1, 2, 3), il y a peu de femmes dans des disciplines comme la philosophie, mais affirmer cela peu ouvrir les portes d’une pente très glissante. Je n’oserais pas m’y risquer dans un texte qui pourrait être mal interpréter. Quoi faire alors?

Y réfléchir encore? Peut-être. En discuter entre ami? Oui, mais ma stratégie favorite quand j’ai aussi envie d’écrire, c’est de faire un petite recherche de citation. Les moyens technologiques du jours permettent d’être rapidement face à de très intéressants mots. En voilà trois qui m’ont fait sourire! La première est d’un révolutionnaire français du XVIIIe siècle que j’aime bien.

« Chez les peuples vraiment libres, les femmes sont libres et adorées. »
- Antoine de Saint-Just (1767-1794), L’Esprit de la Révolution, 1791

Les deux autres citations sont sous forme de proverbes que j’ai trouvés sur le web. Le premier, d’origine arabe, me plait tout particulièrement par son côté un peu naïf et charnel. Il parle de livres et de femmes. Quoi de mieux?

« Le paradis de la terre se trouve entre les seins d’une femme, sur le dos d’un cheval, dans les pages d’un livre. »
- Proverbe arabe

« Ce que femme veut, Dieu le veut. »
- Proverbe français

Rire de la philosophie

novembre 4, 2009

On ne rit pas assez en philosophie autant que dans bien d’autres domaines. J’accuserais pas reflexe plutôt que par réflexion la religion. L’ascèse qu’elle a imposée sur les moeurs occidentales a pourri le beau rire heureux de penseurs comme Démocrite qu’on disait rieur. N’est-ce pas le propos du Nom de la Rose? Ce magnifique roman d’Umberto Eco me donne sans cesse un petit sourire en coin et de quoi maudire les donneurs de leçon métaphysique.

On devrait rire en philosophie. On devrait prendre des oeuvres et rire avec elles, d’elles et de ce qu’elles racontent. Ce serait avoir une pensée plus légère, plus gaie. Quoi de pire que de lire un livre qui nous tire sans cesse vers un désespoir plus profond, vers une mine de plus en plus triste. Même dans la plus tragique des histoires, il faut qu’elle affecte nos lèvres et tous les autres muscles du visage.

« We do not take humor seriously enough. »
- Konrad Lorenz

On me disait récemment qu’une blague en conférence, qu’un peu trop d’enthousiasme dans le domaine académique est un frein à la carrière ou du moins un affect à la réputation. N’est-ce pas honteux? Triste? Trop sérieux? Peut-être est-ce que ces têtes grises, incapable de rire, pris dans un sérieux d’église, dans une contemplation béate de leurs faiblesses se sont organisées ainsi pour se protéger? Il y aurait tant à dire sur l’origine d’un tel comportement. J’accuserais l’éducation religieuse, mais je ne m’avance pas sur le sujet. Quoi qu’en soit la raison, il y a quelque part un rejet de l’humour, du plaisir, du rire.

Il y a pourtant des raisons sensées de vouloir rejeter le rire de la pensée rationnelle. Ceux qui défendent ce rejet pourraient peut-être se justifier en disant que c’est pour la protection de la discipline contre les sophistes. Le rire, compris de cette manière, serait un chemin vers la persuasion émotive, non rationnelle. Du coup, ils rejetteraient les faux penseurs, les humoristes ayant médiatiquement un avis égal à un spécialiste et tous les autres mauvais penseurs qui voudraient prendre leur place en passant par un raccourci.

Le point est compréhensible. Le rire est un chemin rapide vers le sentiment de quelqu’un. Ce n’est pas pour rien que le rire est un élément important de la séduction (et de la vie humaine en général). Il est donc rhétorique, parce qu’il touche les cordes sensibles des gens. Pourtant, qu’est-ce qui n’est pas, d’une certaine manière rhétorique dans la relation entre les hommes? Rien, ou presque. Le tout, est de bien savoir utiliser cette rhétorique. C’est en ce sens que je défendrais l’humour et le rire. Même s’il y a un risque, il faut rire. Puis, si sur le moment on se trouve convaincu de quelque chose de risible… on ne fait que trouver quelque chose de risible de plus! Rire sur le moment, rire ensuite…

« Bienheureux celui qui a appris à rire de lui-même : il n’a pas fini de s’amuser!»
-Joseph Folliet

« Faire rire, c’est faire oublier. Quel bienfaiteur sur la terre, qu’un distributeur d’oubli! »
- Victor Hugo, L’Homme qui rit

« Nul n’ira jusqu’au fond du rire d’un enfant. »
- Victor Hugo, Les petits

« Il faut rire avant d’être heureux, de peur de mourir sans avoir ri. »
-Jean de La Bruyère, Caractères

« Celui qui ne sait pas rire ne doit pas être pris au sérieux. »
- Philippe Sollers, Passion fixe

L’Art de Jouir

octobre 1, 2009

Je devrais écrire ou faire quelque chose de productif, mais je suis pris, comme à mon habitude, dans un mouvement cérébral et émotif intense. Je ne suis donc que peu apte à faire un quelconque travail sérieux. Pour me changer les idées, je me lance dans la lecture d’un livre que j’avais sortie du placard pour en faire la promotion à un ami récemment.

En fait, ce n’est pas le livre exactement, mais son alter égo quelques siècles auparavant. Je parle ici de L’Art de Jouir de La Métrie (en opposition à son décendant (d’un style et d’un propos très différents) écrit par Onfray). Je n’en dis pas plus et je laisse parler un des passages que je trouve le plus beau dans son livre.

« Plaisir, ingrat plaisir, c’est donc ainsi que tu traites qui t’a tout sacrifié ! Si j’ai perdu mes jours dans la volupté, ah ! rendez-les-moi, Grands Dieux, pour les reperdre encore ! »
- Julien Offray de La Mettrie, L’Art de Jouir (1751)

Salon, soirée et amitié

septembre 30, 2009

Je devrais écrire, mais le dernier billet que j’ai publié ici m’a lancé dans une telle réflexion que je ne peux plus vraiment écrire autre chose que des pensées sur l’amitié et ce qui en dérive.

J’ai participer à des soirées littéraires (que j’ai laissé de côté pour « some-reason », mais que j’aimerais redémarrer) ou on parle de texte que l’on veut publier et que l’on a écrit, je fais des soirées « bière philosophale » ou on discute franc de philosophie (au sens très large), j’ai aussi fait quelques soirées cinématographiques… N’est-ce pas là l’élément central d’une amitié? Le temps passé ensemble a partagé des intérêts semblables?

Je cite Aristote, Éthique à Nicomaque, Livre VIII :

Il est naturel que les amitiés de cette espèce soient rares, car de tels hommes sont en petit nombre. En outre, elles exigent comme condition supplémentaire, du temps et des habitudes communes, car, selon le proverbe, il n’est pas possible de se connaître l’un l’autre avant d’avoir consommé ensemble la mesure de sel dont parle le dicton ni d’admettre quelqu’un dans son amitié, ou d’être réellement amis, avant que chacun des intéressés se soit montré à l’autre comme un digne objet d’amitié et lui ait inspiré de la confiance. Et ceux qui s’engagent rapidement dans les liens d’une amitié réciproque ont assurément la volonté d’être amis, mais ils ne le sont pas en réalité, à moins qu’ils ne soient aussi dignes d’être aimés l’un et l’autre, et qu’ils aient connaissance de leurs sentiments : car si la volonté de contracter une amitié est prompte l’amitié ne l’est pas.

Cette amitié, donc, est parfaite aussi bien en raison de sa durée que pour le reste et à tous ces points de vue, chaque partie reçoit de l’autre les mêmes avantages ou des avantages semblables, ce qui est précisément la règle entre amis.

Il y a dans ce petit texte bien des éléments sur l’amitié et je vous épargne la suite où Aristote parle du temps passé séparer et la fin de l’amitié :

Si cependant l’absence se prolonge, elle semble bien entraîner l’oubli de l’amitié elles-mêmes D’où le proverbe : Un long silence a mis fin à de nombreuses amitiés.

On ne voit d’ailleurs ni les vieillards ni les gens moroses êtres enclins à l’amitié : médiocre est en eux le côté plaisant, et personne n’est capable de passer son temps en compagnie d’un être chagrin et sans agrément, la nature paraissant par-dessus tout fuir ce qui est pénible et tendre à ce qui est agréable. − Quant à ceux qui se reçoivent dans leur amitié tout en ne vivant pas ensemble, ils sont plutôt semblables à des gens bienveillants qu’à des amis. Rien, en effet, ne caractérise mieux l’amitié que la vie en commun

La citation pourrait continuer longtemps parce que j’admire la conception claire de cet auteur de l’amitié. Elle a ses limites pourtant. Elle a un fondement très politique et social, mais je crois que c’est une base claire et très inspirante pour une réflexion sur l’amitié. Elle met les choses au clair. Aristote distingue par exemple les amis de Vertu (Les meilleurs amis, les plus excellents) (« Mais la parfaite amitié est celle des hommes vertueux et qui sont semblables en vertu : car ces amis-là se souhaitent pareillement du bien les uns aux autres en tant qu’ils sont bons, et ils sont bons par eux-mêmes. » (Aristote), les amis d’utilité et les amis de plaisirs.

Je me considère chanceux parce que je cultive des amitiés fécondes qui durent depuis longtemps. Je suis très attaché à eux pour aucune autre raison que celle simple que Montaigne a si bien formulée. Pour chacun d’eux, je répondrais à la question du pourquoi : « Parce que c’était lui ; parce que c’était moi ». Je ne les aimes pas pour autre raison que parce qu’ils sont pour moi des êtres de vertus (pour tenter de le dire comme Aristote).

Malgré cette présentation qu’Aristote fait de l’amitié déjà existante, je pose (autant personnellement que littérairement) plusieurs questions. Par exemple : comment naît une amitié? Aristote lance quelques pistes, mais rien n’est clair. Est-ce que l’amitié nait par hasard ou par nécessité? Est-ce que la vertu est l’élément déclencheur de l’amitié? Je me pose la question.

Puis il y a d’autres questions brûlantes comme :Est-ce qu’il est possible de faire vivre une amitié entre des gens de sexes opposés (questions qui ne se posaient sans doute pas à l’époque d’Aristote… du moins… peu)? Est-ce possible si ces deux personnes ont déjà été amoureusement liées? Ce seraient le genre de question à poser dans une réflexion contemporaine sur l’amitié.

Pourtant, pour en revenir à mon égoïsme d’écrivain, je crois qu’il est possible d’avoir une amitié entre gens du même sexe ayant été proche et cette amitié peut avoir la même grandiose valeur qu’une amitié de vertu et d’excellence (pour reprendre le vocabulaire d’Aristote). J’argumenterais simplement en disant que si une amitié nécessite du travail et de l’effort, alors il est possible d’avoir ce genre d’amitié parce que l’effort serait assez pour traverser la barrière que l’ancien amour charnel avait construite et que le résultat (l’amitié vertueuse) est une valeur bien plus grande que la douleur infligée par ledit effort.

C’est une situation pourtant problématique et l’écriture a toujours une place d’expérience de pensée. Je vais donc tenter de retourner au travail pour mettre en scène cette question en gardant en tête que je vais avec plaisir continuer à côtoyer mes amis et à cultiver l’amitié. Pour bien tôt des soirées littéraires, philosophiques, cinématographique et culinaire!

« Parmi les choses dont la sagesse se munit en vue de la félicité de la vie tout entière, de beaucoup la plus importante est la possession de l’amitié. »
– Épicure

L’amour filial et amical

septembre 30, 2009

Je devrais continuer à écrire ce projet principal qui m’occupe depuis quelque temps, mais je suis pris dans un dilemme aussi concret dans ma vie que dans l’écriture. C’est étrange parfois que ces deux choses concordent aussi parfaitement. Ce n’est sans doute pas une coïncidence et j’en suis bien conscient. L’écriture a ce pouvoir, je crois, d’être un endroit qui permet d’étudier des possibilités (comme semble le faire le film que je veux aller voir avec certains d’entre vous, lecteur.) On pourrait dire que c’est le lieu par excellence des expériences de pensées… mais je ne m’avancerai pas plus dans cette direction. Je vais plutôt me tourner vers ce personnage que je décris dans mon texte.

Il n’est pas original. Sa création n’a pas représenter un défi, mais c’est le faire vivre qui semble plus difficile parce qu’il a une philosophie de vie que je n’ai jamais expérimenter et que je ne connais donc qu’hypothétiquement. Le point principal de ce personnage est qu’il donne tout son amour à sa femme. Si on pouvait quantifier la quantité d’amour qu’une personne a à donner, il donnerait chaque once de ce qu’il a à sa femme pour ne réserver que les miettes à ses amis (sans parler de sa parenté). Le problème est là et se rapproche d’une très intéressante discussion que j’ai eue avec un ami qui m’est cher.

Le problème tourne autour de la priorité de l’amour ou du couple. Il me semble particulièrement difficile de gérer un « juste milieu » dans ce contexte, même si c’est quelque chose de sans doute possible et immensément désirable. La question que je voulais me poser avec ce personnage était : quel est le meilleur second choix? Qu’est-ce qui est le plus désirable entre la priorité à l’amour ou la priorité à l’amitié?

C’est un domaine où j’ai une position nette et franche. Je crois que l’amitié est de loin plus importante que la relation de couple et cela pour de nombreuses raisons. Je ne vais pas en faire la liste ou même défendre ma position ici. Je vais plutôt présenter une interprétation de choses dans la société à propos de l’amitié et demander aux lecteur si je suis le seul à voir ça ainsi (et donc qu’il est for probable que je mésinterprète) ou si j’ai raison…

Je commence par une célèbre citation de Montaigne qui explique l’origine de son amitié pour La Boétie : « Parce que c’était lui ; parce que c’était moi ». Le texte complet est encore plus clair :

« Au demeurant, ce que nous appellons ordinairement amis et amitiez, ce ne sont qu’accoinctances et familiaritez nouees par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos ames s’entretiennent. En l’amitié dequoy je parle, elles se meslent et confondent l’une en l’autre, d’un meslange si universel, qu’elles effacent, et ne retrouvent plus la cousture qui les a joinctes. Si on me presse de dire pourquoy je l’aymoys, je sens que cela ne se peut exprimer, qu’en respondant : Par ce que c’estoit luy, par ce que c’estoit moy. »
- Michel de Montaigne, De l’Amitié

J’ai l’impression que ce mot s’appliquerait plus, à notre époque, à notre partenaire de couple qu’à un ami! On ne traiterais donc par ces gens de la même manière avec laquelle on traite un ami. Je veux dire ici qu’on se bat souvent pour faire perdurer un couple dans les temps difficile, mais pas une amitié (ou moins souvent). On décide de rester, même quand les choses vont mal, mais on s’éloigne rapidement d’une amitié qui pique du nez. Un ami qui une fois, avec ou sans raison, nous fait du mal a vite fait de disparaitre de notre vie. Est-ce que c’est une erreur de ma part que de penser que c’est une faute d’agir ainsi?

L’amitié selon moi requiert autant de sacrifice qu’un amour parce qu’en amour, on dit qu’aucun sacrifice n’en est vraiment un. C’est plutôt un don, un acte d’altruisme. Pourquoi alors est-ce que l’ami ne mérite pas la même chose? Il mériterais parfois plus même je crois.

Aristote, plus que bien d’autre, a traité de l’amitié dans sa philosophie et je crois qu’il serait temps de refaire une philosophie de l’amitié de nos jours. Je ne serais pas le meilleur à le faire. Je suis peut-être trop imbibé de cette amitié antique entre gens de vertus dont parlait de Stagirite mélanger avec une sauce affreuse de christianisme. En invitant tout à s’aimer également, je crois que la religion européenne a empêché l’amitié de s’épanouir. Pourquoi? Parce que l’amitié est élection! On élit un ami, on exclut donc d’autres personnes. On discrimine. On ne peut pas avoir le monde comme ami. Il ne faut que l’amitié de quelques un…

Enfin… J’ai dit que je ne m’avancerai pas trop longtemps sur cela. Je ne sais pas ce que vous en pensez. J’aimerais en discuter, comprendre la société parce que j’ai de la difficulté à cerner le vrai tellement j’ai l’impression d’être pris dans mon point de vue. J’ai le sentiment que peu de gens donnent l’importance que je donne à l’amitié. Le monde serait plutôt dans l’optique de ce personnage que j’ai fait : tourné vers l’amour familial et filial et partiellement détourné de l’amitié comme élection, comme choix de s’investir dans une relation durable avec un ami.

Je crois avoir la plume volubile au sujet de l’amitié. Je crois que je vais réserver un autre billet à ce sujet très bientôt! Avec plein de magnifiques citations sur le sujet. Laissez-moi seulement prendre quelque temps pour replonger dans mes livres.

« Les livres sont des amis froids et sûrs. »
- Victor Hugo, Les Misérables

Ce qu’on pense que je crois

septembre 13, 2009

Je devrais écrire un peu encore sur ce blogue parce que j’ai pour une fois envie de présenter ce que je crois, ce que je pense. Je vais faire un très court billet en essayant d’éviter la fuite dans les citations d’autrui et dans l’explication de positions qui ne sont pas les miennes. Le projet me semble difficile, mais me permettra d’avoir vidé cette envie de m’exprimer pour ensuite retourner l’esprit en paix vers ce que je dois faire de la soirée.

Il conviendrait peut-être de présenter un peu l’origine de ce goût d’exprimer mes pensées. C’est, je crois, la pression que je reçois de le faire. Ici, je dis pression dans un sens positif. On insiste pas vraiment à ce que je le fasse, mais je me créer cette pression parce que c’est quelque chose qui va contre ma constitution présente. Faire quelque chose d’inconfortable (pour reprendre le vocabulaire d’un ami) me semble ici pertinent pour m’ouvrir à l’écriture d’autre chose.

D’où vient cette pression? Elle vient premièrement du regard qu’on porte sur moi. Je ne sais pas comment on me perçoit, mais j’aimerais qu’on ne me perçoive pas seulement comme un rhéteur qui aime à défendre les positions adverses et à faire des débats pour le plaisir (même si j’aimais que ce savoir soit partie prenante de ma réputation), mais comme quelqu’un qui a du positif, qui a quelque chose à apporter au monde. Si je n’avais rien de positif, je ne sais pas pourquoi je serais si motivé à l’enseignement et à la parenté (vous avez bien lù).

J’ai des exemples de discours optimiste dans mon entourage. Un ami, par exemple, ne cesse de présenter des citations sur le courage de vivre, sur l’estime que l’on doit se porter à nous même. J’aime beaucoup ce qu’il écrit et j’ai souvent l’impression qu’il met bien des gens en accord avec lui. En opposition, je doute que quelques citations à saveur critique ou pessimiste attirent la même attention…

Une autre personne de ma connaissance ne cesse maintenant (par le biais de site social) de faire connaitre le déjà trop connu Eckhart Tolle, l’auteur de livres sur le moment présent et d’autres choses dont la qualité me semble douteuse. Ce dernier a, malgré le dédain que j’ai pour lui, quelques bonnes intuitions. Le point central de son style (et ce qui lui a permis de vendre plusieurs millions de livres dans le monde) se trouve dans un optimisme exagéré. Même si je n’aime pas ce genre d’abu de langage, je reste pris par la question de l’apparence.

Hume, philosophe écossais du XVIIIe siècle présentais le problème du savoir sur le monde (sur la nature) dans le premier chapitre de son Enquête sur l’entendement humain (1748) en écrivant :

Il semble donc que la nature ait indiqué un genre de vie mixte comme la plus appropriée à l’espèce humaine, et ait secrètement averti les hommes de ne permettre à aucune de ces tendances de les tirer par trop à elles, et ainsi de les rendre incapables d’autres occupations et divertissements. Abandonnez-vous à votre passion pour la science, dit la nature, mais faites que votre science soit humaine et qu’elle puisse avoir un rapport direct avec l’action et la société. La pensée abstruse et les profondes recherches, je les interdis, et je les punirai avec sévérité, par la mélancolie pensive qu’elles font naître, par l’incertitude sans fin dans laquelle elles vous emprisonnent, et par l’accueil froid que rencontreront vos prétendues découvertes dès qu’elles seront divulguées. Soyez philosophe, mais au sein de votre philosophie, restez un homme.

Il y a donc, je crois, une part d’apparence dans le savoir. Il ne suffit pas d’avoir une connaissance du monde, mais il faut savoir être social. En ce sens, je crois que montrer de l’optimisme ou seulement une sensibilité au bonheur semble être nécessaire. C’est en quoi je considère que les mots positifs (pas absurdement simpliste comme ceux de Tolle) comme ceux que partage cet amateur de citation dont j’ai parlé.

C’est un peu pour ça que je voudrais exprimer mes idées et mes pensées. J’aimerais qu’on voit que je ne suis pas quelqu’un de seulement critique et acerbe, mais aussi de profondément optimiste! Où le suis-je vraiment?

Bon… Après tout ça, je n’ai rien dit sur moi… Maître de l’esquive, non?

« Ménopauses métaphysiques »

septembre 2, 2009

Je devrais écrire, mais il me faut ajouter quelques citations de Cioran. Il y en a tellement qui sont délicieuses!

Je vais ici en balancer quelques une pour donner une idée du genre d’écrit que cet auteur a produit. Je ne citerai pas précisément les pages. Elles sont partout à la fois… Ce serait long… et j’ai plutôt la tête à boire ce genre de parole qu’à faire l’exercice académique de la citation exacte (malgré que j’aime généralement l’exactitude dans ce domaine). Je commence par une qui ne m’avais jamais autant touché que maintenant qui se trouve dans un livre au titre évocateur « Syllogismes de l’amertume » : « Un amour qui s’en va est une si riche épreuve philosophique que, d’un coiffeur, elle fait un émule de Socrate.»

Puis il y a dans la tentation d’exister un mot très intelligent sur la haine : « La haine équivaut à un reproche que l’on n’ose se faire à soi, à une intolérance à l’égard de notre idéal incarné dans autrui. »

Une pour mes amis religieux mélomanes : « Hors la matière, tout est musique : Dieu même n’est qu’une hallucination sonore. » ou peut-être : « La musique est le refuge des âmes ulcérées par le bonheur. »

Quelle heure est-il? Il est tard… Cioran note dans De l’inconvénient d’être né « Après minuit commence la griserie des vérités pernicieuses. ». Plus loin il remarque… « Avec du sarcasme, on peut seulement masquer ses blessures, sinon ses dégoûts. ». Il se fait même moraliste : « Aime à être ignoré. ». Il continu dans l’inconvénient :


« Ceux que nous n’aimons pas brillent rarement dans nos rêves. »

« [...] Chacun engendre son propre ennemi. »

« Chacun expie son premier instant. »

« Chaque fois que je suis saisis par un accès de fureur, au début je m’en afflige et me méprise, ensuite je me dis : quelle chance, quelle aubaine ! Je suis encore en vie, je fais toujours partie de ces fantômes en chair et en os… »

« [...] Choyé par la malchance. »

« Dans l’anxiété et l’affolement, le calme soudain à la pensée du fœtus qu’on a été. »

« Deux ennemis, c’est un même homme divisé. »

« Dieu seul a le privilège de nous abandonner. Les hommes ne peuvent que nous lâcher. »

« [En parlant de l'homme] un singe occupé. »

« Être en vie — tout à coup je suis frappé par l’étrangeté de cette expression, comme si elle ne s’appliquait à personne. »

« Être objectif, c’est traiter l’autre comme on traite un objet, un macchabée, c’est se comporter à son égard en croque-mort. »

« Faire le mal est un plaisir, non une joie. La joie, seule vraie victoire sur le monde, est pure dans son essence, elle est donc irréductible au plaisir, toujours suspect et en lui-même et dans ses manifestations. »

« [...] Guérir de l’ennui par la stupeur. »

« J’ai décidé de plus m’en prendre à personne depuis que j’ai observé que je finis toujours par ressembler à mon dernier ennemi. »

« J’aime lire comme lit une concierge : m’identifier à l’auteur et au livre. Toute autre attitude me fait penser au dépeceur de cadavres. »

« Jamais à l’aise dans l’immédiat, ne me séduit que ce qui me précède, que ce qui m’éloigne d’ici, les instants sans nombre où je ne fus pas: le non-né. »

« Je n’ai pas rencontré un seul esprit intéressant qui n’ait été largement pourvu en déficiences inavouables. »

« Je n’aimerais pas qu’on fût équitable à mon endroit : je pourrais me passer de tout, sauf du tonique de l’injustice. »

« Je ne connais la paix que lorsque mes ambitions s’endorment. Dès qu’elles se réveillent, l’inquiétude me reprend. La vie est un état d’ambition. La taupe qui creuse ses couloirs est ambitieuse. L’ambition est en effet partout, et on en voit les traces jusque sur le visage des morts. »

« [...] Une démence intéressée… »

Puis dans la tentation d’exister encore :


« [...] Ce « grand triste » [en parlant du Diable] est un rebelle qui doute. »

« [...] Ce climat d’asthme que créent les convictions [...] »

« [...] Ce qui nous vénérons dans nos dieux ce sont nos défaites en beau. »

« Contaminés par la superstition de l’acte, nous croyons que nos idées doivent aboutir. »

« Créer une littérature c’est créer une prose. »

« [...] Devenir métaphysiquement étrangers. »

« [...] Devenir un vaincu décent, un réprouvé convenable. »

« [...] L’utopie, presbytie des vieux peuples. »

« [...] La rage d’un amour-haine. »

« [...] La volupté d’être épave [...] »

« [...] Le génie du regret. »

« Seuls nous séduisent les esprits qui se sont détruits pour avoir voulu donner un sens à leur vie. »

« [...] Songerie géologique. »

Il fut un temps où je ne jurais que par lui. J’étais un jeune adulte un peu dépressif allant vêtu de noir. On voit l’image, je présume. Ce livre ici, à droite (si l’image n’apparait pas, ce sont les oeuvres complètes de Cioran chez Gallimard). La brique fait 1800 pages et je me promenais avec ça sous le bras… parfois même je le prenais et je sermonnais en le citant comme le fait un missionnaire. Mon tempérament a changé. Un philosophe contemporain écrivait que Cioran était un auteur à lire avant 25 ans. Après cet âge, il devient plutôt un objet d’étude, un grand artiste, mais sa pensée touche plus jeune. Cioran lui-même savait que son oeuvre faisait des ravages chez la jeunesse. Il encourage même M. Gallimard d’en envoyer quelques copies de plus aux États-Unis pour « corrompre la jeunesse », dans une lettre à son éditeur. C’est dire. Enfin! J’ai toujours une grande admiration pour cet homme et surtout ce qu’il a fait. Il me fait sourire quand le monde se tourne contre moi. C’est comme un ami… Ne dit-on pas que « a true friend walks in when the whole world walks out ».

Un chrétien qui invite à la danse

juin 27, 2009

Je devrais écrire et profiter du moment pour sortir une citation de la Bible pour convaincre les chrétiens de danser! Étrangement, c’est un passage de l’Ecclésiaste.

« Il y a aussi un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour se lamenter et un temps pour danser… » – L’Ecclésiaste 3:4


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